Pour changer du registre "hommes" (on se lasse de tout...), je vous propose un peu de culture avec la présentation d'un petit livre :
Disparue dans la nuit, de Yann Queffélec
Comme les framboises pimousses, c'est un bouquin "petit mais costaud". Certains connaissent peut-être déjà cet auteur, écrivain notamment d'un livre "choc", Les noces barbares, qui est aussi excellent qu'il est dur à digérer... mais ce n'est pas là le sujet du sujet. A mes yeux, Disparue dans la nuit est son meilleur bouquin, et même si je pense que c'est grandement subjectif, ça vaut quand même la peine de jeter un coup d'oeil, pour les amateurs de littérature qui ne connaissent pas encore.
Pour faire un résumé très bref, c'est une histoire d'amour et de haine entre un p'tit gars de cité terrorisé par son frère et une petite bourgeoise abandonnée par son père flic. Malheureusement, ce n'est pas Roméo et Juliette et les évènements tournent bien vite au drame...
L'histoire est tordue et pleine de sentiments ; l'écriture suit cette tortuosité, sans cesse passant d'un point de vue à l'autre, adoptant les folies, les tristesses et les envies des différents protagonistes. C'est noir et pourtant, c'est beau.
Je vous laisse deux extraits, auxquels vous ne comprendrez sûrement pas grand-chose ; disons que c'est un aperçu du style. Bonne lecture !
"Gentil mais baratineur Un mec en or avec un coeur de voyou. Il dit qu'il l'aime : ce n'est pas vrai. Il dit qu'elle est jolie : pas vrai non plus. Tout le monde lui ment. Momo comme les autres. Elle peut réciter sa laideur, son nez, sa blondeur de pacotille, ses petits seins entortillés du bout comme les anchois, ses dents écartées, les dents du bonheur, bonjour le bonheur ! Pas du tout star, pas du tout magazine. Elle a coupé ses cheveux, bien fait ! Elle déteste ses mains. Les doigts sont tordus, les ongles rongés. Elle les a ramassées dans un caniveau, ça fait un bail. Elles n'appartenaient à personne. Des mains adoptives. Elle aime leur parler, les bercer, leur jurer des folies. Quand elles boudent, elle les punit. Elle les brûle ou bien les menace du caniveau. Tenez-moi chaud, mon ventre a mal. Et ses yeux ! Trop clairs, trop grands. Du bleu froid comme la mer ou l'acier. Ils n'ont plus qu'à rouiller. La rouille, c'est joli sur les écureuils. Aussi doux qu'un lapin décharné..."
"Elle devinait quand il voulait la toucher. Elle bougeait sa main vers lui sur le matelas. Elle s'abandonnait comme la mère abandonne à l'enfant ses mamelles. Elle rassasiait chaque jour un affamé. L'amour lui tirait des pleurs qu'elle aurait dû verser des années plus tôt, de vieilles larmes brûlantes et réparatrices. Elle ne serait jamais femme. Il y aurait toujours en elle une petite pimbêche complexée prête à se ronger les os des mains et à se faire du mouron pour rien. Penaude après l'amour elle écrivait à Anaïs : Qu'est-ce que tu peux mentir toi aussi ! Ou bien c'est moi qui ne suis pas normale, mais ça c'est pas nouveau.(...) Ce qu'elle préférait, ce qui lui donnait de vrais frissons d'amour, c'était de s'asseoir sur le matelas et de fredonner en caressant la chevelure de Momo endormi, les mains plongées dans ses boucles noires et argent..."