Après un mois d'absence, je suis là... C'est la fin du voyage, les sept Françaises et leur petit Bulgare ont regagné leurs quartiers en France.
"Alors, c'était comment l'Egypte ?"
La voilà, la question qu'à peu près tout le monde me pose... et je suis assez désolée, de ne pas être trop enthousiaste, et de devoir dire avec sincérité "J'étais contente de rentrer..."
"Mais pourquoi ?"
Eh oui, évidemment, pour tout le monde ou presque ici l'Egypte est le pays d'une grande civilisation ancienne, avec toutes les richesses que cela suppose. Mais c'est justement le problème de l'Egypte : ses attraits touristiques ont sali le plaisir qu'elle pouvait apporter à ses visiteurs.
En dehors de problèmes que l'on rencontre dans un certain nombre de pays, et qui peuvent être difficiles à supporter pour certains d'entre nous, petits Occidentaux - la chaleur (plus de 35 degrès à l'ombre, c'est dur à supporter un mois entier, on attrape le rhume avec les clims, et on doit prendre trois douches par jour tellement on transpire, sans parler des coups de soleil etc), la saleté (y'avait qu'à voir la couleur de nos pieds quand on rentrait d'une aprème de balade en tongues...), la pollution (quand on se lève le matin et qu'on voit une brume douteuse qui sépare l'immeuble d'en face de nos yeux, on prend peur), les arnaques locales... - il y en a qui me semblent spécifiques au pays.
Premier obstacle : le fait d'être une fille. A peine arrivés nous constatons, mi-tristes mi-stupéfaits, que 80% des filles, des femmes, sont voilées. Et cela semble plus tenir du phénomène de mode (le joli hijab jaune assorti aux chaussures jaunes de l'adolescente) ou d'un éventuel fanatisme, imposé ou volontaire (ces femmes recouvertes de couches de tissus noir, des pieds à la tête, avec chaussettes et gants, et dont un fin voile va parfois jusqu'à masquer les yeux) que d'une réelle et savante foi religieuse. Mais peu importe ; nos cheveux, nos manches courtes et nos vêtements relativement moulants déclenchent l'hystérie (ah, l'ironie du mot !). Impossible de marcher tranquillement dans la rue, sans subir les sifflements aguicheurs, les discours dragueurs en anglais approximatif, les filatures discrètes dans la foule, et parfois même des insultes assez déplacées... inconvénient qui, à lui seul, m'a tout de suite fait passer l'envie de vivre dans ce pays.
Autre point gênant : le tourisme. Vous êtes blanc, vous êtes donc touriste, potentiellement riche, quel que soit votre âge et votre situation. A Louxor, à Saqqara, c'est ce que pensent ces petits enfants qui vous assaillent seuls ou en horde en criant "hello ! money !!". Tout le monde est toujours prêt à vous vendre quelque chose : une calèche, une felouque, un sourire, un conseil, l'air que vous respirez... tout ! Tout se paye, pour vous.
C'est selon cette logique commerciale du "dépouillement du touriste" que vous payez un prix exorbitant (par rapport au pays, bien sûr) pour entrer sur un site touristique ; mais même après vous être acquittés du prix d'entrée, il vous faudra certainement payer le même prix, voire plus, pour, par exemple, avoir accès à la salle des momies (musée du Caire), visiter le tombeau de Toutankhamon (Vallée des Rois), entrer dans une pyramide (Gizeh)... petits détails qui dépitent peu à peu le jeune voyageur en quête de découverte.
Et même à l'intérieur de ces sites mondialement connus, quelque chose cloche ; il manque l'ambiance terriblement historique que l'on croyait ressentir en ces lieux. En fait, on en arrive même à se demander : ceci est-il vraiment authentique, ou seulement récemment reconstitué pour amasser l'argent ô combien vital du tourisme ? La question vient d'elle-même lorsque, en pleine visite d'un temple, vous voyez des hommes assis à tailler des pierres ou à peaufiner un hiéroglyphe sur une façade, ou encore une grue prête à reconstruire tout un pan de mur... Distinguer le vrai du faux, c'est à la longue fatiguant ; résultat, notre émerveillement en prend un coup.
La voilà, mon Egypte... et s'il y a eu beaucoup de bons moments, je crois que c'est surtout grâce à l'équipe de Français qui m'entouraient (et du Bulgare aussi !!!) avec qui on réussissait à rire de tout ce qui nous pesait - merci particulièrement aux miss optimistes, qui nous ont bien aidés et motivés !