La bande annonce de Marie-Antoinette, vous avez déjà dû la voir. Une jeune fille dans ses longues robes sur décor d'un grand château, le tout accompagné d'une drôle de musique rock ; pas un mot et pas un souffle ; juste des images qui semblent irréelles et la musique qui emporte les mouvements d'une Kirsten éblouissante, presque trop parfaite.
Il y en a qui auront été gênés par cette bande-annonce décalée. Marie-Antoinette, cette petite reine odieuse et insouciante, symbole du luxe débauché d'une monarchie en déclin, tournée ainsi en princesse presque magique... Il y en a qui auront été troublés. Il y en a, comme moi, qui auront pressenti l'enchantement.
Mais décalé, le film l'est encore plus. Il suit un fil fragile et entortillé et le spectateur spécule quelque peu à vide. Oui, tout d'abord le film surprend. Moins violent et excessif que je l'aurais imaginé, il reste quelque peu hors normes, glissant d'un style à l'autre, avec douceur, sans accrocs, mais sans se laisser vraiment attraper. On pressent des choses qui n'arrivent pas ; on attend des évènements qui ne sont qu'annoncés. Le caractère ainsi aléatoire, si rare dans un cinéma un tant soit peu joli à voir, m'a charmée. Pas de prédestination. Les jours tristes et gais de Marie-Antoinette se succèdent à la manière des nôtres, flous, parfois vides, changeants ; une peinture du quotidien, de ses clins d'oeil et de ses lassitudes ; à une autre époque, un autre niveau social, qu'importe ; ce n'est visiblement pas le but de cette fresque fabuleuse.
Une histoire simple et un film complexe. Une beauté tellement uniforme qu'on en oublie la réalité. Des contrastes qui n'en finissent plus de s'entrechoquer, chansons, instruments, couleurs, plans ; des effets de miroirs et des caméras enfantines, du tout et du rien.
Conformément au voeu de Sofia Coppola, Marie-Antoinette n'est plus vraiment cette reine peste qu'on croit détester ; elle est avant tout cette jeune fille perdue, et néanmoins décidée à profiter de ce qui s'offre à elle.
